North Sails NEWS

DES VOILES CUSTOMISÉES POUR UNE CLASSE FIGARO MONOTYPE

La 51e édition de la Solitaire du Figaro réunit cette année un beau plateau de 35 skippers qui s’affronteront pendant un mois sur quatre étapes à un rythme effréné. Quentin Ponroy et Gaétan Aunette de North Sails France font le point sur cette course et la classe Figaro.

© Alexis Courcoux

La Solitaire du Figaro n’a pas son égal en course au large et pour plusieurs raisons. Que ce soit le support sur lequel courent les navigants – le Figaro Beneteau 3 à foils –, le format de la course sur quatre étapes courtes, le rythme effréné où la gestion du sommeil et du mental est de rigueur, l’exigence du parcours aux conditions stratégiques compliquées ou encore le profil hétéroclite des Figaristes qui se confrontent sur un même pied d’égalité. Cette compétition unique en son genre est le terrain de rencontre de marins de renom qui remettent en jeu leur couronne et se frottent aux jeunes loups, parfois aux dents longues, qui aspirent à entrer dans la cour des grands, en quête d’un tremplin vers une carrière dans la course au large. À North Sails, c’est Quentin Ponroy, dessinateur, et Gaétan Aunette, technico-commercial, qui sont responsables des projets Figaro. Ils font le point sur cette course et le travail qu’ils effectuent avec les skippers pour mener à bien leur projet.

Pourquoi le championnat en classe Figaro suscite-t-il toujours autant d’intérêt ? Et pourquoi la Solitaire du Figaro n’a-t-elle pas son égal en course au large ?

La classe Figaro Beneteau est le seul monotype de course au large en solitaire avec un format accessible et des budgets abordables pour les coureurs et les partenaires. Le championnat comprend une épreuve phare réputée, la Solitaire du Figaro, et rassemble aussi bien des jeunes affutées que des marins chevronnés venant régulièrement se mesurer. C’est un mélange génial et d’un haut niveau.

La classe Figaro est comme une plateforme compétitive où les sportifs veulent évaluer leur niveau en course au large, et parfois la sanction peut être sévère ou pas. Si l’on peut comparer avec un autre sport, le football, ça serait un peu comme La League des Champions de la course au large où les meilleurs comme les amateurs éclairés sont passés par là. Pour nous, c’est un formidable travail en matière de développement de projets.

Quel est le profil d’un Figariste dans sa manière de naviguer et d’appréhender les voiles et le réglage ?

Il y a autant de profils que de Figaristes. Chacun possède son histoire avec des parcours divergents (olympique, filière FFV, croisière…), son style de réglage et de conduite de son bateau. Ils font également partie de centres d’entraînement différents. Et donc on se doit de disposer d’une faculté d’écoute importante pour répondre aux besoins de chacun, concevoir les meilleurs voiles, s’adapter à la fois à leur style unique et au support monotype. Certains coureurs veulent des voiles identiques aux autres et tenteront de se démarquer sur d’autres aspects comme la stratégie. D’autres recherchent la meilleure voile possible pour faire la différence en vitesse et sont prêts à consacrer du temps avec nous pour développer leurs voiles et obtenir le résultat escompté. En général, ils sont très à l’écoute de nos conseils. Dans tous les cas, cela se joue à des détails, car le niveau est très élevé.

Comment conçoit-on un jeu de voiles en classe Figaro ?

En 2019, première année du Figaro 3, l’essentiel de notre travail portait sur des études réalisées à partir et autour des plans du bateau (processus de design identique aux bateaux IMOCA etc.). Cette année et pour les années à venir, nous modifions et optimisons cette base grâce à des prototypes (1 à 2 par an et par voile) conçus à partir du feed-back des skippers et de tous les essais que nous faisons avec eux (processus de design identique aux séries one-design). La précision et le niveau d’exigence des skippers dans cette classe sont uniques pour une série offshore. Le jeu de voiles étant quasiment le seul paramètre non monotype dans cette série, les coureurs y consacrent forcément beaucoup de temps et d’attention. Ensemble, on parvient à obtenir un travail vraiment dans les détails. En IMOCA et Class40 par exemple, les skippers doivent tenir compte de plusieurs paramètres non monotypes (design du bateau, foil, électronique…) et ont donc proportionnellement moins de temps pour les voiles.

Les trois grandes étapes de conception en Figaro comprennent le dessin du moule 3D de la voile, la conception adaptée de la structure (le 3Di étant une véritable force en raison de sa tenue de forme dynamique, sa fiabilité et sa longévité ; nos concurrents utilisent pour la plupart des membranes plus classiques) et une fabrication minutieuse et dans le détail de la voile (la raideur des lattes, le déport d’anneau de drisse, le système de prise de ris… sont étudiés avec précision).

© Alexis Courcoux

Quelles sont les évolutions apportées au plan de voilure en classe Figaro depuis l’édition précédente ?

Nous en sommes seulement à la deuxième année d’évolution du Figaro 3, mais quasiment tous les aspects ont été retravaillés. Les grandes tendances sur les voiles plates sont le gain de poids dans la structure, les volumes qui ont avancé dans les génois et l’introduction de la load-sharing Helix technologie (partage de charges) dans les gennakers entre autres. Le reste, c’est confidentiel ;-).

Quel apprentissage tire-t-on des voiles de Figaro ?

Le bateau est performant au près. De plus avec l’arrivée du gennaker, les grand-voiles et les J2 sont de véritables voiles spécifiquement dessinées pour du près VMG.

Peut-on appliquer et mettre en valeur le travail effectué sur les Figaro à d’autres classes et notamment en IRC et régates de club ?

Tout à fait, car les derniers bateaux IRC type JPK ou Sun Fast présentent des similitudes avec le Figaro 3. L’utilisation en équipage réduit en IRC est par ailleurs de plus en plus présente et se rapproche de celle du Figaro. Pour ces deux raisons, le travail réalisé en Figaro 3 se transpose largement en IRC.

Quelle relation entretenez-vous avec le skipper ?

Parfois nous échangeons via des SMS tard le soir. Nous avons une relation de confiance évidemment, d’écoute et d’échange. C’est important de comprendre leurs besoins. C’est eux qui, par leur feed-back, font évoluer les voiles. Notre travail est de transcrire leurs retours sur nos logiciels.

Comment choisir l’inventaire idéal pour un skipper ?

Nous échangeons beaucoup au préalable par différents modes de communication et rassemblons toutes les informations concernant le type de matériaux, la forme des voiles, la jauge, les essais, le service sur les régates, les sessions d’entraînement pour les voiles tests, le devis, la livraison, etc. Pour ce qui est du choix des voiles, les skippers se basent sur plusieurs paramètres comme le feeling avec la voile (sensation et performance), la prise de risque (Qui parmi les autres concurrents utilise cette même voile ? Suis-je le seul ou plusieurs coureurs ont la même ?). Enfin, il y a les effets de mode sur cette course. Chaque coureur est libre de nous solliciter pour personnaliser son inventaire autour de modèle standard par voile.

Pouvez-vous nommer les voiles et leur fonction en classe Figaro ?

Grand-voile | J3 : voile d’avant de brise | J2 : voile de près petit temps et medium | Gennaker : voile de reaching polyvalente | A5 : spi de capelage vent fort | A2 : spi max pour VMG portant |TMT : voile sécurité

Comment assistez-vous les marins pour tirer le meilleur parti de leurs voiles spécialement conçues pour cette course ?

Nous passons du temps à expliquer comment la voile est conçue, sa forme et son potentiel. Et on établit un suivi sur les entraînements, on les sollicite pour avoir leurs retours techniques sur chaque voile selon les sensations, la vitesse, la facilité, la polyvalence, le réglage, la stabilité des voiles sous pilote, etc. Puis, on procède au développement de la voile pour améliorer tous les points évoqués précédemment.

Quelles évolutions peut-on encore apporter sur les voiles en classe Figaro ?

Les formes et les structures vont toujours évoluer, de façon moindre, avec parfois des retours en arrière, mais l’évolution sera continue. On pourra encore gagner en poids, améliorer les formes… Nous avons déjà plein d’idées pour cet hiver. Il faut également avoir le bon timing dans nos évolutions et nos tests sur les voiles afin d’anticiper et être réactif.